Carnet de route

Un voyage dans les montagnes d'Aulus et d'Ustou

Sortie :  Pyrénées Ariégeoises (gite)* du 27/08/2016

Le 20/09/2016 par Loulmet Jean-Claude
 Aulus-les-Bains.
 
       Tout commençait au tunnel de Kercabanac, à l'entrée de la plaine de Seix, dans la province de Saint-Girons...
       C'était il y a longtemps, dans les années 80, quand, lors de chacune de mes excursions vers les hautes régions du Couserans, "Kercabanac", cette singulière combinaison de syllabes, sonnait comme un mot de passe, un mot qui permettait d'entrer dans un arrière-monde où soudain tout changeait: franchir cette brève trouée percée dans un un rocher placé sur la route de Seix, c'était comme recevoir la promesse d'un monde d'une essence supérieure, lorsque, pendant de courts instants, on apercevait émerger, au-dessus d'un horizon fait de verdure luxuriante, la nudité minérale, aérienne et bleutée, ornée de neiges étincelantes, de ce que que nous nommons la "haute montagne". Pour s'approcher de ces fascinants espaces, la route était encore un peu longue, et quand on choisissait de se tourner vers les montagnes qui versaient leurs eaux dans le bassin hydrographique du Garbet, il fallait patiemment en remonter la vallée qui, après le village d'Ercé, devenait résolument tortueuse, sauvage et encaissée. Et quand on pensait que, butant sur une pente infranchissable, la route allait s'interrompre, que l'on allait atteindre le bout du monde, celui-ci surgissait sous la forme inopinée d'un large bassin calme et souriant, où s'épanouissait un parc policé, planté d'arbres vénérables et alignés, que côtoyaient d'imposants édifices qui, majestueux et résignés, semblaient être les palais endormis d'une cité érigée par une civilisation disparue. On venait d'accéder à la station thermale d'Aulus-les-Bains...
       Aulus, c'est le village où je reviens en cette fin du mois d'août, parce que ce sera le camp de base d'une sortie organisée par le C.A.F. de l'Angoumois. Et les impressions que me procurent cette odyssée me paraissent intactes, identiques à celles que j'éprouvais il y a trente ans. Peut-être cependant quelque chose me manque, car la route n'emprunte plus, depuis longtemps déjà, le tunnel de Kercabanac. A la poésie de son symbole, on a préféré la banalité d'un "rond-point de Kercabanac" d'où l'on s'échappe par une route "nouvelle" tracée sur la rive droite du Salat. Seuls quelques autochtones, ceux de la rive gauche, qui habitent Saint-Sernin ou Soueix, et peut-être aussi quelques nostalgiques, semblent devoir encore le parcourir. Et je me dis que, si un jour je retourne à Aulus, je prendrai par le vieux souterrain.
       L'un des emblèmes du faste et du rayonnement de l'ancienne cité balnéaire, le "Casino-Club d' Aulus", plus tard converti en "Hôtel Majestic" est devenu, depuis une dizaine d'années, un gîte d'étape, celui où nous - les huit membres du C.A.F.- serons hébergés pendant quatre jours. Ses propriétaires l'ont nommé "Gîte d'étape de La Goulue", faisant ainsi allusion à la "Belle-Epoque", une période qui fut en même temps celle de l'apogée de l'éclat du lieu de villégiature élégante et mondaine qu'était Aulus et celle du modèle des célèbres affiches du peintre Toulouse-Lautrec.
    Avec l'humble souci d'une discrète perfection, une déconcertante économie de moyens, une simplicité touchante, nos hôtes, Danielle et Laurent, y produisent chaque jour une cuisine d'une qualité et d'un raffinement miraculeux et ont donné à ce lieu une sérénité lumineuse et une éblouissante sobriété.
                    
                           Ustou, le cirque de Cagateille et la Pointe de Rabassère (2568m).
     
     Nous nous sommes levés tôt, nos voitures ont promptement avalé les rampes du col de Latrape, et quand nous basculons sur son versant opposé, nous pénétrons, un peu par effraction, dans le coeur du territoire d'Ustou. Un pays, en effet, dont nous négligeons ainsi la porte naturelle, qui est l'étranglement nommé "Pont de la Taule", un carrefour perdu au fond d'un sombre gouffre de verdure, au confluent du Salat et de l'Alet, la rivière qui irrigue l'Ustou. Ce monde est un long et verdoyant bassin glaciaire, aux prés impeccablement fauchés, où s'éparpille une multitude de villages paisibles, de hameaux silencieux, qui, avec une dignité quelque peu émouvante, ont conservé avec obstination la marque d'une ruralité résignée mais toujours vivante. C'est vers Bielle d'Ustou, que se révèle subitement la masse imposante de la chaîne frontière, couronnée par l'immense échancrure du port de Couillac, et dont les puissants soubassements abritent la structure encore ténébreuse du cirque de Cagateille, vers lequel nous nous dirigeons. Des bords de l'unique et minuscule route qui traverse la plaine et que nous parcourons vers l'amont, nous recevons les sourires d'innombrables et vétustes panneaux, placés là depuis des temps qui semblent immémoriaux, qui, avec une bonhommie pleine d'affabilité, indiquent au voyageur le nom du petit morceau de campagne où il se trouve. Et cette litanie d'appellations, qui s'égrène au fil du chemin, imprégnée de l'âme de ce coin de l'Ariège, est un prélude charmant à notre randonnée.
      Celle-ci commence bientôt à 1000 mètres d'altitude, sur un large boulevard tracé dans une splendide hêtraie, qui nous mène à la vaste clairière qui occupe le fond de l'amphithéâtre appelé Cagateille. Ici, la forêt s'est emparé de l'espace, et forme un océan végétal dont les vagues, en déferlant, s'accrochent aux parois du cirque. Ainsi, c'est un rude et savant sentier aux marches incommodes, qui s'insinue dans la jungle de sapins qui sont comme plantés dans le granite de la falaise, et qui va nous hisser au-dessus de la muraille, là où s'estompe la forêt. Puis, de somptueuses avenues pavées de grandes dalles polies par les glaciers, nous conduisent à l'étang de la Hillette, la vasque, aux contours exubérants, où séjournent les eaux qui nourrissent la cascade principale qui entaille le sanctuaire de Cagateille.                                                                                                       
      Il faut monter encore un peu pour que se dévoile enfin l'architecture des contrées supérieures du massif du Certescans. C'est un monde apaisé, aux formes adoucies par le travail des glaciers disparus, tapissé d'un granite grisonnant où s'invitent quelques herbages, et composé de trois pays: les cirques de l'Alet, de Campet et celui de Couillac, où nous sommes. D'ici, on peut aller partout, aux pics de Certescans ou de Montabone par exemple, parce qu'ils sont les plus hauts, mais aujourd'hui, nous resterons dans notre territoire et irons à la Pointe de Rabassère, le sommet encore indiscernable qui projette sur notre gauche le sévère éperon qui nous domine depuis un certain temps. Il nous faut pour cela d'abord atteindre le Port de Couillac, le gigantesque ensellement, que l'on voit perché au faîte d'une pente modérée, absolument régulière mais qui, en faussant les perspectives, nous paraîtra quelque peu interminable. Et puis, après une longue pause où nous nous restaurons, et une tranquille grimpette, la pyramide élancée de Rabassère se glisse sous nos pieds. Des admirables paysages que l'on peut apercevoir à partir de ce lieu, je n'évoque que celui que contemple le montagnard qui retourne la tête pour mesurer le chemin qu'il a parcouru: vers le nord, dans une magnifique enfilade des motifs proposés, son regard saisit d'abord le splendide isolement du riant pays d'Ustou qui s'étale à ses pieds, puis, emporté par les vagues successives que forment les collines inférieures, atteint le bassin de Saint-Girons, et se perd dans l'infini de la plaine, là où la mosaïque de ses tons pastels se dissout dans l'immensité de l'azur.
                          
                        L'étang du Garbet, l'étang Bleu et le pic de la Lesse (2448m).
 
         L'univers granitique des montagnes qui dominent notre gîte est sillonné par trois vallées principales dont les eaux convergent et se mélangent dans la plaine d'Aulus. Et toutes sont parées des glorieux et fascinants bijoux que sont les lacs d'altitude. Il y a donc la vallée du Fouillet et son lointain étang d'Aubé juché au-dessus du cirque de Casierens, l'interminable vallée d'Ars et son chapelet de ravissantes pièces d'eau qui sommeillent au-dessus des convulsions de la célèbre cascade, et la haute vallée du Garbet avec ses lacs que nous visiterons aujourd'hui.                
         Nous abandonnons rapidement nos véhicules à la première épingle du col d'Agnès pour nous engager sur le sentier moelleux qui traverse le Bois de Coumes et nous conduit, trois cent mètres plus haut, au plateau du Garbettou. C'est un jardin charmant, cerné par de formidables versants, où serpentent mollement des eaux silencieuses, celles qui sont bruyamment descendues par la gorge de l'opulente cascade qui jaillit là-haut, issue des régions mystérieuses où nous nous rendons. Puis, par le sentier qui s'abstient d'affronter trop brutalement la raideur de la pente et fait un habile détour, nous atteignons les rivages de la nappe somptueuse de l'étang du Garbet. Havres de paix au milieu des turbulences du relief, oasis de douceur dans un monde anguleux, emblèmes de l'alliance de la roche et de l'eau, ces sites que sont les lacs de haute montagne, suscitent toujours chez celui qui les découvrent le même enchantement. Et plus haut, l'étang Bleu, auquel on accède par un sentier très escarpé, sera tout aussi envoûtant: une baignoire aux eaux céruléennes, enchâssée dans une magistrale sculpture de granite où séjournent longtemps d'importants névés, et que couronnent les flammes noires de la crête qui, en culminant à la Pique Rouge de Bassiès, court du pic de Caumale jusqu'au pic de la Lesse.
        Et certains d'entre nous éprouvent le besoin de s'élever encore un peu pour visiter ces sommités. Le pic de la Lesse, où nous allons, est la cime à l'allure fière, la plus haute que l'on aperçoit d'Aulus. Et c'est un lieu où personne ne va. Il faut donc nous livrer aux exercices qu'imposent les progressions hors des sentiers convenus: délaisser au moment opportun une ligne de cairns qui nous mènerait ailleurs; déjouer les pièges de la perspective afin d'identifier, parmi les rochers de la crête chaotique, ceux qui forment la pointe la plus élevée; effectuer, avec quelque incertitude, le choix crucial, à droite ou à gauche, du côté par lequel il convient d'apprivoiser le sommet; à l'approche de la crête, les alternatives ayant désormais disparu, s'engager résolument dans un très raide couloir où l'on s'agrippe à la végétation; découvrir avec un léger soulagement le versant opposé, plus accueillant; exécuter enfin, dans les blocs sommitaux, d'ultimes manoeuvres d'évitement. Et parvenir ainsi au faîte du pic de la Lesse, mille sept cent mètres au-dessus du village que l'on a sous nos pieds et qui nous sourit.
          
                                            
                                            Le Pouech (1737m)
 
       De tous les éléments du décor qui environne le village d'Aulus, le plus familier aux habitants du bourg, celui vers lequel ceux-ci adressent le plus souvent un regard involontaire et distrait, est une abrupte éminence boisée, coiffée de ce qui semble être de paisibles pâturages, connue sous le nom de Pic de Pouech . En effet, cette protubérance située à l'extrémité inférieure de la longue crête qui sépare les amples vallées d'Ars et du Garbet, est celle qui, d'un millier de mètres, domine directement le village et entretient avec lui la plus grande proximité. Il aurait donc été légèrement inconvenant de ne pas rendre à ce sommet la visite de courtoisie que les nouveaux occupants d'un lieu se doivent de faire à un aimable voisin. Ainsi est décidée cette promenade qui débute à notre gîte, et cette initiative est encouragée par sa description faite dans un guide certes assez ancien, qui la présente comme plutôt reposante, variée et pleine de charme.
       S'élever lentement par la piste, puis par les lacets du confortable sentier qui parcourt les étages inférieurs de la vallée d'Ars, à l'ombre fraîche des épaisses forêts qui l'enserrent et où l'eau suinte de toutes parts, apercevoir, les uns après les autres, les trois gradins étincelants de sa cascade, est un authentique enchantement. Puis il vient le moment, vers les 1500 mètres, où il faut s'écarter de cette voie principale. Et soudain, le terrain manifeste à notre égard une certaine hostilité que le topo ne mentionne pas . C'est d'abord un plateau anodin, au nom pourtant délicieux - Le Pessou -, un peu marécageux , encombré de rochers, semé de rhododendrons qui dissimulent des trous souvent profonds, puis une pente très raide, déjà exposée aux ardeurs du soleil, qui nous mène à une crête réputée sans histoire, où est un labyrinthe formé par l'enchevêtrement d'énormes blocs granitiques et de sapins rabougris qui, avec férocité, luttent pour leur survie. Avec l'apparition de la bruyère, le milieu retrouve enfin un peu de douceur et sur la crête pacifiée, une marche tranquille et triomphale nous conduit jusqu'au sommet du Pouech. Les hommes ont depuis longtemps clairement déserté cette montagne, et peut-être pour exprimer l'idée qu'ils y sont devenus indésirables, une étrange et dense nuée de moucherons belliqueux flotte, immobile et obstinée, un mètre au-dessus de l'exact emplacement du point 1737 et nous en interdit l'accès. Ou bien nous indiquent-ils avec sollicitude que, la chaleur devenant accablante, nous serions mieux installés à l'ombre maigre d'un bouleau qui, solitaire et tordu, à quelques pas de là, s'est accroché à la montagne. Nous obtempérons et nous pouvons ainsi détailler confortablement le panorama toujours spectaculaire que ce type de belvédère, situé à mi-hauteur, isolé et encerclé par des cimes plus élevées, permet de contempler.
       Pour redescendre à Aulus, nous décidons d'emprunter un itinéraire qui doit parcourir l'autre versant de la crête du Pouech et nous déposer au lieu-dit Agnesserre, six cent mètres plus bas, au fond de la vallée du Garbet. Et nous savons que ce cheminement, suggéré par de discrets pointillés esquissés sur la carte IGN, peut se réduire à une pure abstraction. Ainsi c'est d'abord une trace théorique et invisible qui nous guide jusqu'à l'orée de la forêt où apparaît enfin une première empreinte humaine, signifiée par la présence de deux cairns, sommaires et énigmatiques. Et après quelques gauches hésitations, nous voyons jaillir, dans l'épais manteau de feuilles mortes, le sillage indubitable de l'antique sentier oublié du Pouech. Il s'élargit alors, dessine sur les flancs escarpés de la hêtraie de subtiles arabesques, disparaît, réapparaît, et puis, lorsque parvient jusqu'à nous l'éclat de la lumière qui signale la proximité de la lisière inférieure de la forêt, se sentant inutile, nous abandonne, en s'effaçant dans les végétaux qui tapissent le sol. Nous avons ainsi atteint les rives du Garbet où prospèrent les eaux d'une source abondante et délicieuse. Par le chemin qui longe le ruisseau et qui traverse le site de Castelminier, vestige de très anciennes mines de plomb argentifère, nous nous laissons glisser jusqu'à Aulus.
 
                      Epilogue: le pic de Trois-Seigneurs (2199m)
    
       Ce matin, nos esprits sont déjà un peu imprégnés de l'atmosphère d'une fin de séjour et habités par la perspective du retour à Angoulême. Les exigences horaires d'un long trajet automobile nous incitent donc à choisir une excursion assez courte. Ce sera le pic des Trois-Seigneurs. Point culminant d'un massif secondaire isolé au nord de la chaîne pyrénéenne, ce sommet qui n'appartient plus tout à fait aux montagnes d'Aulus, nous rapproche un peu d'Angoulême et possède la réputation d'être un "fantastique belvédère". Ainsi, comme dans ces soirées où l'on évoque le souvenir d'un voyage glorieux en faisant défiler les images d'un diaporama, nous pourrons revivre un peu, en en contemplant les sites parcourus, chacune de nos précédentes randonnées.
        Du Port de Lers (1517m), vers le nord, une avenue rectiligne, tracée sur la ligne de plus grande pente, nous mène au sommet d'une monumentale colline recouverte de bruyère. Et puis, au terme d'un paisible, long et ondulant chemin de crête, qui survole un univers de pâturages considérables, nous atteignons la cime des Trois-Seigneurs. Toutes les montagnes de l'Ariège sont là, des lourdes formes rabotées du pays de l'Aston à l'est, jusqu'à la lame acérée qu'esquisse dans le ciel la crête ocre du Valier à l'ouest. Nous sommes sur le rivage d'une immense baie dessinée dans le continent des hautes contrées du Couserans par une mer de nuages d'où émerge un archipel de volcans figurés par les sommités inférieures du piémont. Et le voyage s'achève dans la fraîcheur des embruns que font les flots de cet océan en inondant le Port de Lers.

 

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