Carnet de route

Massif de la Tallada

Le 11/05/2018 par Sebastien

A l'affut des conditions pour enfin faire de l'alpi dans les Pyrénées après moultes annulations, reports puis au final absence de motivés pour m'accompagner, je rongeais mon frein depuis la mi-février et une très belle sortie à la Pyramide de Laurichard (au col du Lautaret).
Ayant vu les sorties sur camptocamp à la Sierra del Cadi, je suis allé voir le programme et j'ai contacté Matthieu, l'organisateur de la sortie du week-end du 12/13 mai.
Il me rappelle rapidement et après avoir passé tous les détails nécessaires pour s'organiser, je rejoins le groupe d'Angoulème le vendredi 11 chez le loueur, nous partons finalement sur 3 jours. Outre Matthieu, Gauthier et Sandra sont de la partie.
Les prévisions météo ont été pessismistes depuis plusieurs jours et au final, la première option, Pineta/Mont Perdu/Marboré ne semblait pas favorable par rapport à la dégradation attendue pour le samedi, la grosse journée de la sortie.
Matthieu a donc opté pour partir en Espagne , juste au sud du Val d'Aran, dans la vallée menant au Tuc de Molières, le décalage météo nous laissant espérer un créneau le samedi matin en se levant suffisamment tôt.
Nous arrivons au parking, à proximité immédiate du tunnel de Vielha, les sacs assez chargés, nous entamons la marche d'approche sous un radieux soleil, vers 15h10. Ca sent le printemps à 1600m et la neige est remontée très haut en versant Sud alors que côté ubac, le blanc est bien visible.
L'objectif de l'après-midi est de pouvoir établir un bivouac suffisamment haut pour réduire l'approche de la course du lendemain, le couloir Nord au Tuc de la Tallada côté AD à AD+.
Au fur et à mesure de la remontée du vallon, les sommets se dévoilent, ainsi que les différents itinéraires permettant d'y parvenir. Nous réfléchissons au meilleur endroit pour poser le bivouac, l'accès aux sommets de la Tallada étant défendu par un barrière rocheuse avec des pentes assez redressées en dessous et au dessus.
La remontée, le passage du point de faiblesse de la barrière et la poursuite de l'ascension ne permettent pas de trouver d'endroit suffisamment plat pour poser 2 tentes. Nous finissons par trouver un endroit un peu moins en pente, où nous taillons une plate-forme en longueur pour y loger nos 2 tentes.
Notre camp est situé à 2250m et domine la vallée, un vrai régal pour les yeux. Nous nous activons néanmoins car le soleil est parti vers l'Aneto, la fraîcheur gagne rapidement du terrain.
Sandra a pris probablement un peu froid, en short et sans les guêtres, la neige a humidifié chaussettes et haut de la tige des chaussures. Matthieu, Gauthier et moi installons la cuisine puis la nécessaire corvée de fonte de neige pour le souper.
Soupe puis des lyoph sont au menu... le crumble ne restera pas dans les annales. Tout cela occupe bien et il est 21h passées quand nous fermons les tentes. Le chef a mis le réveil pour 3h45 pour se caler avec la fenêtre météo matinale.
Après une nuit bien humide (7° dans la tente) (note pour la prochaine fois: prendre un tapis de sol un chouia plus péchu et garder le duvet à 700gr pour l'été), le chef sors prendre la température. Comme on n'y voit goutte, il nous octroit généreusement une demi-heure de position horizontale, c'est la fête !
30mn plus tard, bon on se bouge le fondement, nous nous ne sommes pas tapés tous ces kilomètres pour laisser filer! Le petit déj est rapidement avalé et une fois habillé et en se préparant, on voit bien qu'il ne fait vraiment pas froid. La neige est identique à la veille c'est à dire typée neige de printemps bien compactée mais sans regel.
Toute la difficulté du moment va être de trouver l'entrée du couloir Noir qui peut se confondre avec d'autres points de faiblesse, alléchants sur le papier mais bien plus ardus plus haut. Nous utilisons tous les moyens à notre disposition sauf le GPS puisque nous n'avons pas trouvé la trace sur le web (nous enregistrons toutefois notre propre trace, à la fois pour reservir et cela peut servir pour revenir sur nos pas en cas de besoin). L'azimut tout d'abord mais une fois dévié, difficile de corriger, on checke l'alti en complément, la photo de la face Nord et quand ça veut bien s'éclaircir, notre vue acérée ;)
L'approche semble bien plus longue qu'elle n'y parassait la veille, le brouillard amplifiant le phénomène.
Arrivé  au départ du couloir, les conditions semblent bien bonnes, Gautier et moi décidons de laisser la corde dans le sac. Matthieu prépare la corde pour monter avec Sandra. Elle souffre visiblement, un peu patraque depuis l'arrivée au bivouac hier soir, elle a peut-être bien pris froid, c'est jamais facile en cette saison avec des transitions franches entre les moments au soleil et le passage à l'ombre.
Après mure réflexion, Matthieu va redescendre avec Sandra au camp de base et nous rejoindre au col à la descente. Nous les quittons vers le haut, bien désolés pour eux, savoir être raisonnable, pas toujours évident quand l'envie est là et nous ne sommes pas tous égaux sur ces prises de décisions.
En attendant, nous remontons assez tranquillement le couloir qui est en neige bien compacte, notamment dans la rigole creusée en son milieu. La pente varie un chouia par endroits et on alterne piolets cannes et piolets ancres. La saison extraordinaire fait que les passages mixtes du topo sont bien en neige, nous progressons donc rapidement, le Gautier envoie du steak et avec les photos, je dois m'employer pour recoller tout en gérant ma sudation.
La sortie est proche, elle propose une courte goulotte à gauche et une un peu moins évidente à droite. Gautier pars à gauche, je me décale et je regarde surmonter le passage plus vicieux que prévu car la neige est sans consistance sur le réta et qu'un gros bloc ne demande qu'à approuver Newton. J'hésite avec la sortie de droite, me disant qu'elle sera plus intéressante mais finalement je suis Gautier, le réta est à l'avenant, bien assurer ses appuis avant de charger... ça passe.
La suite est encore bien brumeuse, on y retrouve de vieilles traces, on suit comme des moutons en mode rando et nous voici bien vite au sommet venteux du Pic Feixan, 2956m.
Les embrassades de coutume semble t-il à Angoulême, quelques photos et nous entamons la descente. Le versant emprunté au Sud Est s'éclarcit par l'action vigoureuse du vent de Sud, la pente est régulière, il faut néanmoins rester attentif aux trous et au bottage inopiné.
Malgré la vigilance, ma jambe gauche traverse la surface et vient se bloquer me froissant les muscles du mollet. Ca tire légèrement, ayant un peu l'habitude je constate qu'il s'agit d'un avertissement sans trop de frais.
Sur le bas, place à un mix d'herbes, terre, rocher et neige traitre dans du terrain à cham... euh isards, désolé je n'ai pas pu m'en empêcher.
On en profite pour détailler la descente du pic Mig de la Tallada de l'autre côté du col, itinéraire qu'il faudra emprunter après avoir fait un de ses couloirs. On se dit bien qu'avec une bonne épaisseur de fraîche les pentes à traverser ne sont pas recommandables, nous pensons au lendemain et les fortes précipitations annoncées d'ici là.
Après les photos pour retravailler ça au calme et montrer à Matthieu, nous filons au col puis retour au camp de base en mix luge et pédibus.
Nous y retrouvons nos camarades, Sandra n'a pas retrouvé une grosse pêche, Matthieu par contre piaffe: il a tracé jusqu'à l'attaque du couloir Inserso (D-) et nous attendait pour y aller: en effet, la météo se maintient, ni pire ni meilleure qu'au petit jour et mieux vaut tenir que courir. Pessismiste sur le lendemain, j'approuve le choix, quelques fruits secs, une rasade d'eau et c'est reparti.
L'attaque est bien plus proche, et nous sommes rapidement au premier ressaut: il est bien en glace et semble assez abordable. Matthieu s'y lance avec une corde dans le sac qu'il pourra nous lancer si nécessaire. Il passe rapidement le passage. Gautier et moi, nous sentons pleinement capable d'y passer sans corde, je laisse la primeur à mon camarade et j'en profite pour continuer à photographier.
Vient mon tour et le bonheur de retater du glaçon depuis le mois de février. Les ancrages sont francs et c'est déjà fini. La suite est assez raide en bonne neige sur une vingtaine de mètres avant le second ressaut. Celui ci est bien secos, Matthieu opte pour un passage tout droit, exposé à un ruisselet qui arrose copieusement jambe gauche, guêtre et batura... pas de jaloux. Décalé de l'axe et en contrebas, nous le voyons batailler avec des appuis plus ou moins délicats pendant une dizaine de minutes.
C'est alors que nous trouvons un piton en contrebas du ressaut qui aurait pu servir... La décision est vite prise de recourrir à la corde et d'essayer par la gauche où une vire moussue un peu déversée semble offrir une progression un chouia plus simple.
Ca sera le cas et Gautier puis ma pomme montons en restant vigilants sur les appuis et sur la sortie avec un pas fin et des ancrages pourris.
Je plie la corde au moins pire dans un bon 50° et nous repartons en solo sur la suite qui s'annonce plus simple selon les topos. Nous regardons nos alti: 2500m ! Seulement ! Nous ne sommes pas sortis, le sommet étant juché à 2774m. La neige est moins bonne que dans le couloir N du Feixan, certains appuis sont fragiles, il faut donc rester attentif à nouveau.
Mes 2 camarades montent à un bon rythme et comme je fais ma propre trace à la suite et des photos, je mets un peu les gaz pour rester au contact. Ca tire un peu sur les mollets, c'est bon signe et toujours dans les nuées nous arrivons vers la sortie, en suivant les traces de 2 espagnols qui l'ont fait hier.
A nouveau du vent, nous cherchons le passage en descente face S, louvoyant entre terrain à chamois et raides névés. De traitres rimayes de neige ne demandent qu'à nous accueillir, il ne faut pas faire le sanglier angoumois ou limousin... S'en suit une traversée pour revenir au col, où des coins de ciel bleu font les intermittents.
Nous retrouvons avec le recours au mode luge le camp de base en quelques minutes, Sandra commençait à s'inquiéter, étant partis depuis 3h15. Nous ne perdons pas de temps et démontons notre bivouac pour revenir à la voiture et passer la soirée au refuge Conangles juste à 1500m du parking, l'idée étant de revenir en mode léger demain faire le couloir de gauche à côté de l'Inserso, un peu plus dur (D).
La descente se passe sans encombre et nous voici à 14h au parking. Le gardien du refuge nous a donné rdv à 15h, nous tentons quand même... Faute de, nous descendons la vallée en voiture jusqu'à trouver de quoi goûter aux douceurs locales.
Une terrasse nous accueille ainsi que le soleil, nous ne résistons pas à enlever chaussures et chaussettes trempées puis à commander bières et tapas. Après avoir refait le monde, il est temps de rejoindre notre gîte du soir.
Fort calme à notre arrivée, nous prenons nos quartiers et étalons conscieusement nos affaires pour un séchage bien nécessaire. Je me rends compte qu'il manque ma tente, mal arrimée avec les sangles mal tendues, bon ben on sera bon demain pour refaire le trajet exact. Une heure après notre arrivée, la pluie arrive et plus tard par alternance, de la neige fondue à 1600m.
Le repas du soir est tout à fait correct, un groupe de 3 locaux dine également et partira faire l'Inserso demain. Avant de se coucher, reste à calculer la bonne heure du lever... ça sera 5h petit déj et les locaux font de même.
Il a juste soupoudré à 1600m mais on se doute qu'il n'en sera pas de même plus haut. Nous décollons à 6h du parking juste derrière les espagnols. Nous chaussons les crampons avant la raide pente qui a regelé avec la pluie et le froid qui est arrivé ensuite. Nous prenons le relai des locaux, vers 2100m la neige fraîche commence à faire des accumulations par endroits puis quand nous les quittons pour rejoindre notre couloir, ça brasse vraiment.
La fin de l'approche est en mode brasse, pas trop pénible encore. Des spindrifts réguliers nous arrosent, on se croirait au Sancy ou en Ecosse ! Nous savons alors qu'il est illusoire de penser sortir la voie. Matthieu propose de monter la pente facile jusqu'à la longueur difficile, de la faire puis de la redescendre en rappel.
Enquiquiné avec mon baudard, je n'ai pas démarré encore que mes camarades font demi-tour après une cinquantaine de mètres. C'est le but, c'était probable, nous avons bien fait d'enchainer hier, dommage pour Sandra qui n'aura pas pu en profiter complétement, ça sera bon pour la prochaine !
Les espagnols nous ont précédé dans le demi-tour sur leur couloir et l'objectif est maintenant de retrouver ma tente avant de rentrer.
Nous croisons 2 autres locaux qui montent à l'hypergoulotte (TD) dont nous n'avions pas pu voir l'état ... ils envisagent de sortir ensuite au sommet, passant par des pentes expos, bon courage à eux!
Nous ouvrons les yeux après le dernier point où j'avais encore ma tente, je traverse un premier ruisseau, puis un second quand derrière Gautier me hèle: dis donc ce n'est pas à toi ça ! Je suis passé devant et je ne l'ai pas vu, coincée au bord du ruisseau: bonjour la taupe !
Je remercie chaleureusement l'oeil de lynx de mon camarade, ma tente, survivante d'une mémorable tempête à Planpraz, ne deviendra pas orpheline!
Nous retrouvons le parking, Matthieu en fin connaisseur des plans B, nous propose d'aller à Troubat sur le site de dry-tooling, situé quasiment sur notre route. Une grande caverne nous accueille avec une belle brochette de voie inaccessibles au commun des alpinistes. Deux voies juste verticales sont les seules à peu près faisables. Gautier s'y lance en tête chauffé par Matthieu. Sa taille aide un peu sur les premières prises et les points sont heureusement très rapprochés, cela n'empêche que l'exercice est hyper exigeant et que l'engagement est là! Gautier s'en sort avec brio, respect man!
Nous mettons la seconde ligne en moule puis à tour de rôle avec plus ou moins de bonheur, nous nous élevons vers les relais. Expérience exotique et exigeante, les avants bras se daubent à une vitesse pas possible... à refaire!
Le retour vers nos contrées vallonées se fait sans difficultés, un bon bol d'air et des images pleins la tête... vivement la prochaine ! Merci aux angoumoisins pour leur accueil.
 

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