Carnet de route
IAA: Initiation Alpinisme Auvergnate
Le 30/06/2026 par MATTHIEU LE GALLO
En cette fin d’année scolaire et avant les vacances qui arrivent , entre deux ou trois périodes de canicule, il n’est pas facile de trouver un créneau et un compagnon disponible pour aller en montagne !
Alors en ce mardi, les filles sont à la crèche et à l’école, et se dessine un créneau de disponibilité pour pouvoir aller retrouver la fraîcheur de la montagne, parcourir quelques belles voies et initier un compagnon à l’alpinisme.
Il a fallu ensuite trouver un compagnon de cordée disponible et motivé, qui souhaiterait bien me suivre dans cette aventure et ne pas trop lui détailler le programme pour ne pas le rebuter dès le début !
Je n’ai pas encore eu l’occasion de grimper avec Tom et les échos que j’en ai eu me font penser qu’ils pourraient être un compagnon assez solide pour le programme que j’ai en tête.
Je lui vends donc une belle journée de grimpe sous le soleil Auvergnat, un lieu qu’il ne connaît pas : la belle vallée de chaudefour, réserve naturelle nationale.
Je lui précise que nous grimperons au cœur d’une vallée glaciaire, idéale en période de canicule, car le nom de la vallée porte à confusion !
Et qu’il aura le temps de bien voir la fameuse dent de la Rancune car nous grimperons en face sur une colonne de lave : la crête de coq, un dyke au cœur d’un ancien volcan.
Les journées étant quand même assez chaudes et le créneau de 24 heures de dispo nous donne un timing relativement court : la solution la plus simple fut donc de mettre le réveil à 4h45. Dès le réveil, Tom note déjà une différence avec les grasses mat des grimpaillous !
La grosse demi-heure d’approche sans frontale et en discutant fut vite avalée, un peu trop d’ailleurs, puisque nous avons loupé l’embranchement finaud qui nous aurait amené tranquillement au départ de la voie par le sentier officiel.
Au lieu de cela, une petite bartasse matinale, un peu raide entre touffes d’herbes et cailloux, finira de nous réveiller et commença à bien nous tremper le t-shirt !
Je me trouvais dans mon élément de bon matin, ce fut un peu moins le cas pour Tom, qui nota également une différence avec les approches sur sentiers bucoliques pour voies d’escalade tranquilles.
Mais arrivé au pied de la crête de coq, un large sourire, apparu sur son visage transpirant ! La base de la crête se dévoila mais nous ne pouvions pas encore apercevoir son sommet, quelques 120m plus haut que nous.
Au programme de la journée, j’avais prévu une initiation à l’alpinisme pour Tom, mais sur un site de grandes voies équipées : quésaco ??
C’est-à-dire que nous allions partir pour enchainer plusieurs grandes voies si possibles et en corde tendue dans des difficultés moindres. Nous aurions 30m de corde tendue entre nous, et nous grimperons en simultané, avec plusieurs dégaines et autobloquants (poulie traction, tibloc…) entre nous. Ceci pour éviter le risque majeur de cette technique : le déséquilibre du premier si le second glisse. On adaptera le rythme de la progression au rythme de Tom qui n’est pas familier de ce mode d’assurage. Nous resterons dans les voies peu raide et faciles, principalement dans le 4sup. Les passages de 5sup seront réalisés avec un assurage de premier de cordée.
La crête de Coq est une belle et grande dalle, donc l’escalade se fera principalement sur les pieds.
Nous enchainerons également les rappels en simultanée avec toute la vigilance que cela impose. C’est surtout pour pouvoir discuter sinon on ne se serait pas vu de la journée car nous ne faisons pas de relais ! On se retrouve juste en haut de la crête pour se repasser le matériel.
Nous avons ainsi commencé la grimpe à 6h15 pour la finir à 10h15 en enchainant 4 voies de 120m soit 14 longueurs.
[Le grand éperon >Jamais vue>Tant qu’il y aura des coqs >Alarme à l’œil]
Pour éviter un dernier rappel à la fin de notre enchainement, je propose alors à Tom de découvrir un autre mode de progression en alpinisme, la corde courte. Il commence alors la désescalade du sommet par la voie normale, et je l’assure au-dessus via des anneaux , une corde courte très tendue et parfois des moulinages au demi-cabestan dans les parties plus raides.
Ce terrain montagne auquel Tom n’est pas habitué lui demande encore de la concentration et de sortir de sa zone de confort. Nous arrivons tranquillement au pied de la crête en même temps, tant qu’un chamois, local de l’étape qui partira tranquillement dans la forêt en direction de la dent de la rancune.
Il n’est que 11h. Nous avions encore quelques heures devant nous, et je propose alors à Tom de repartir cette fois-ci en réversible pour une grande voie équipée en mode escalade classique. Bien touché mais pas encore coulé, Tom répond présent pour la suite du programme. Après quelques minutes de pause bien méritée, nous arrivons au pied de la première longueur en 6B de Sonia d’automne dont le topo précise simplement que la première longueur est mémorable. Voyant la première broche à 5 ou 6 m du sol et une dalle bien lisse soupoudrée de fines réglettes . Nous ne regardons mutuellement et naturellement, nous nous sommes décalé 3 m à droite pour prendre le départ de Supertramp, une très belle voie à ne pas sous-estimer malgré ses cotations dixit le topo local. Au menu du dessert du jour, 4 longueurs 5+/6a+/5sup/4..
Je propose à Tom de partir en tête sur la première longueur en cinq sup.si il le souhaite.
Il puisera lors dans sa dernière source d’énergie et chapeau à lui ! Je l’ai rejoint au relais 40 m plus haut, après une longueur vraiment soutenue, très belle, raide et continu en dalle sur réglette bien retord. Je lui avoue clairement que je ne sais pas si je serai passé !
Je repars alors en réversible pour la deuxième longueur où l’on retrouva une dalle plus arrondie, plus classique. Le crux de la voie, un bombé, demanda une bonne réflexion et un bon engagement : le dernier point est forcément trop bas et le prochain parait toujours trop loin ! De la bonne dalle comme on l’aime (ou pas !) : tout dans la tête et un peu sur les pieds !
Respirer un bon coup, lever les pieds mais pas trop, abaisser son centre de gravité mais pas trop, monter les mains… Bref se démerder pour que ça avance et enfin clipper la dégaine tant attendue.
Tom me rejoint ensuite au relais, et c’est reparti pour lui pour la troisième et avant dernière longueur, mais finalement Tom avait encore faim et il avala la dernière longueur sans avoir trouvé effectivement de relais intermédiaire. Nous nous rejoignons sur l’arête faîtière de la crête de coq pour la dernière accolade de la journée, un dernier rappel et nous retrouvons le bas des voies vers 13h30. Confidence de Tom : il a rarement été aussi fatigué !!! Ce fût une belle journée, courte mais bien remplie !
Tom qui travaille beaucoup avec l’IA de par son métier, aura donc découvert ce jour une facette bien spéciale de l’alpinisme, dans cette belle vallée de Chaudefour : l’IAA : Initiation Alpinisme Auvergnate !
Allez, sans rancune Tom!
