Carnet de route
Découverte de l'alpinisme à Gourette
Le 12/06/2026 par Sachiko Fujimaki
Beau temps, température agréable (22°C le matin, jusqu'à 30°C dans la journée).
Départ du parking du Cardet à 8 h. Parcours de 6,62 km pour 642 m de dénivelé positif. Temps de montée : 3 h 20. Temps de descente : 2 h 20.
Depuis le parking du Cardet (1 420 m), nous sommes montés vers le sud en traversant le bois de Saxe. Après avoir rejoint le secteur du téléski de Cotch vers 1 600 m d'altitude, nous avons poursuivi jusqu'au départ de la voie, situé vers 1 910 m.
Sur place, nous avons enfilé baudriers et chaussons d'escalade, puis procédé à la répartition et à la vérification du matériel. Deux cordées ont été constituées : Michel et Jean-Mathieu dans la première, Philippe, Brigitte et moi dans la seconde.
Pour rejoindre le sommet du Pène Sarrière, il faut progresser sur une véritable arête rocheuse. Ce n'est pas une crête de randonnée avec un sentier plus ou moins large, mais une succession de rochers pointus et de passages aériens. J'ai été très impressionnée en découvrant l'itinéraire : nous allions traverser au sommet d'une longue muraille rocheuse d'environ 200 mètres, dont certaines sections étaient particulièrement effilées.
Dans notre cordée, Philippe est parti en tête (assurage classique en grande voie). Je progressais en deuxième position afin que Brigitte puisse récupérer les coinceurs et les friends placés par Philippe. C'était ma première expérience sur ce type de terrain et je ne savais pas encore comment récupérer ces protections (encore moins comment les poser !). Comme je progressais en deuxième position dans une cordée de trois, deux cordes passaient parfois dans les dégaines placées par le premier de cordée. J'étais un peu stressée à l'idée de retirer par erreur la corde du troisième. Les deux cordes avaient des couleurs différentes, ce qui aidait à les distinguer, mais elles étaient parfois croisées de manière peu intuitive et je devais prendre le temps de vérifier avant de manipuler quoi que ce soit.
Comme notre cordée comptait trois personnes, Philippe et Brigitte ont alterné le rôle de premier de cordée. Chacun à son tour ouvrait la longueur, installait le relais, puis assurait la progression des deux autres. Les relais étaient parfois équipés de pitons, mais il fallait également compléter la protection à l'aide de sangles placées autour de becquets rocheux.
Même encordée et assurée, j'avais conscience qu'en cas de glissade je pouvais me retrouver suspendue dans le vide d'un côté ou de l'autre de l'arête. Les quinze premiers mètres ont été les plus difficiles psychologiquement : j'avançais très lentement, le temps de m'habituer à cet environnement. Les prises de pieds étaient pourtant bonnes, mais je réfléchissais beaucoup plus que d'habitude avant chaque mouvement. Des appuis qui me paraissent faciles d’habitude me semblaient soudain beaucoup plus impressionnants.
Quand j'observais la première cordée franchir une arête particulièrement effilée, j'ai rigolé, car Michel et Jean-Mathieu la traversaient assis, à califourchon sur le rocher. Pourtant, lorsque mon tour est arrivé, j'ai compris pourquoi ils avaient choisi cette méthode. Le passage me paraissait bien plus impressionnant vu de près. Après quelques secondes d'hésitation, j'ai finalement traversé assise sur l'arête, moi aussi. J'ai bien fait de porter un pantalon solide !
Après ce passage, nous avons franchi un petit ressaut rocheux avant d'atteindre une portion de crête extrêmement fine. Il fallait avancer calmement, garder son équilibre et rester concentré jusqu'au relais suivant.
Une descente d'une quarantaine de mètres a suivi. Philippe et moi avons progressé pendant que Brigitte restait au relais pour nous assurer. Nous avons ensuite contourné un premier obstacle rocheux par la droite, traversé un passage étroit et aérien vers la gauche, puis remonté entre les rochers avant de poursuivre sur une centaine de mètres toujours très exposés.
Au début de la dernière longueur, un petit passage plus raide m'a demandé davantage d'attention. Je manquais un peu de confiance, mais Philippe m'a indiqué où placer mes pieds. Une fois ce passage franchi, la progression est redevenue plus facile. Nous avons traversé un étroit couloir rocheux puis remonté une dalle offrant de bonnes prises avant d'atteindre le sommet du Pène Sarrière.
Nous avons déjeuné sur une zone herbeuse située juste après le sommet. Il était alors environ 12 h 30.
La descente s'est effectuée d'abord vers le nord-est puis vers le nord. Tout au long du parcours, l'exposition restait importante : les appuis étaient parfois réduits et il fallait constamment rester attentif à son équilibre. Les pentes étaient raides de chaque côté et une chute aurait eu de graves conséquences.
Pic de Ger – Arête des Coutchets
Dimanche 31 mai 2026
Beau temps. Température de 16°C le matin (jusqu'à 32°C dans la journée).
Départ de Gourette à 7 h 30. Parcours de 10,72 km pour 1 317 m de dénivelé positif. Temps de montée : 6 h 44. Temps de descente : 3 h.
Depuis le parking de Gourette, nous sommes passés à droite du téléski des Rhododendrons. Arrivés vers 1 450 m d'altitude, nous avons bifurqué vers le sud-ouest pour remonter la piste de ski de La Balade. Nous avons poursuivi notre montée en direction du col des Coutchets (2 226 m). L’arrivée au col demande de la vigilance à cause du terrain raide et un peu instable.
Au niveau du col, nous avons enfilé les baudriers avec les chausseurs de montagne et parcouru une cinquantaine de mètres sur une pente herbeuse, corde à la main. Les cordées étaient les mêmes que la veille : une cordée de deux personnes et une cordée de trois. Nous avancions principalement en corde tendue, une méthode d'assurage différente de celle utilisée la veille et qui permet de progresser plus rapidement. C'était la première fois que je grimpais de cette manière.
La première partie de l'arête se déroule sur une pente raide inclinée vers la droite. Nous progressions à quatre pattes en tenant l'arête située sur notre gauche. Quelques spits étaient présents, mais insuffisants pour protéger toute la progression. Brigitte, qui partait en premier, installait les protections intermédiaires à l'aide de sangles ou de friends. Vers la moitié du parcours, Philippe a repris la tête de la cordée.
Avant d'atteindre le Turon de Ger (2 533 m), un passage m'a particulièrement marquée. Il fallait franchir un petit surplomb avec un appui pour les pieds assez réduit. Heureusement, les prises de mains étaient bonnes, ce qui rendait le passage plus rassurant.
Nous avons ensuite progressé sur l'arête menant au pic de Ger. Le parcours était assez aérien. Sur les sections les plus faciles, nous avancions corde à la main. En revanche, sur un passage particulièrement effilé, nous avons repris un assurage classique.
Lorsque nous sommes arrivés au Turon de Ger, je ressentais déjà une certaine fatigue, liée à la longueur de l'itinéraire mais aussi à la concentration permanente demandée par ce type de terrain. J'ai eu un moment de découragement en constatant qu'après cette première arête, il restait encore une longue montée jusqu'au sommet.
La dernière pente avant le pic de Ger était raide, mais ne présentait pas de difficulté technique particulière. Nous avons atteint le sommet vers 14 h.
Comme l'indique la cotation du topo (PD 3a II X1), l'itinéraire ne comporte pas de grandes difficultés techniques pour des alpinistes expérimentés. En revanche, la course est longue et l'approche est déjà assez exigeante physiquement.
Après le pique-nique au sommet, nous sommes redescendus par le col du Plaa Segouné puis par la piste de ski de Pamplona. Nous sommes revenus au parking vers 17 h.
Remarques et retour d'expérience
Au cours de cette sortie, j'ai plusieurs méthodes de progression.
J'ai déjà eu l’occasion de pratiquer la progression corde à la main lors d'un camp d'été sur glacier. Cependant, sur le rocher, la situation me semblait différente : une erreur ou une chute de ma part pouvait avoir des conséquences pour l'ensemble de la cordée. Cette responsabilité supplémentaire augmentait mon niveau de vigilance.
La progression en corde tendue demande toujours de s'adapter au rythme des autres membres de la cordée. Sur terrain rocheux, la progression était plus compliquée. Il faut parfois s'arrêter et attendre dans des endroits exposés, notamment lorsque le premier installe un relais ou met en place des assurages. Pour une débutante, trouver une position confortable et rassurante pendant ces attentes n'est pas toujours évident.
Sur le moment, je ne comprenais pas toujours pourquoi une méthode d'assurage était choisie plutôt qu'une autre. Ce n'est qu'après la sortie, en me renseignant pour rédiger ce compte rendu, que j'ai commencé à mieux comprendre comment les techniques sont adaptées en fonction du terrain, du niveau de risque et du temps disponible.
D'un point de vue technique, les difficultés rencontrées n'étaient pas particulièrement élevées. En revanche, l'exposition, la sensation de vide et la conséquence de la chute éventuelle augmentaient fortement le niveau de stress. Avant le départ, j'avais consulté les topos sans vraiment les comprendre. Les nombreux termes techniques et les différents systèmes de cotation me semblaient assez abstraits (cf. Mémento, p.385).
Par exemple, selon Camptocamp, la voie normale du Pic du Midi d'Ossau est cotée PD 3b>3b II P2, une cotation globalement comparable à celle de l'Arête des Coutchets (PD 3a II X1). Pourtant, cette dernière m'a paru nettement plus difficile.
En effet, je pense que cette impression vient moins de la difficulté technique que de la longueur de l'itinéraire, du caractère aérien de certains passages et du temps passé dans un environnement exposé. Même si ce n'était pas moi qui installais les relais ou gérais l'assurage, le simple fait d'attendre sur une arête étroite ou à proximité du vide demandait une attention constante pour les débutants. Malgré mon bon sens de l'équilibre et le fait que j'ai été vachée au relais, je ressentais régulièrement une appréhension liée à l'environnement. Ce n'était pas la difficulté des mouvements qui me préoccupait, mais plutôt la conséquence qu'aurait eue une erreur dans ce type de terrain.
Ce sont plusieurs heures passées à rester concentrée qui m'ont finalement davantage fatiguée mentalement que physiquement.
Malgré tout, j'ai beaucoup apprécié cette sortie. J'ai particulièrement apprécié la patience de mes partenaires de cordée ainsi que la confiance qu'ils m'ont accordée. J'ai également découvert de nombreuses techniques et pratiques que j'avais eu du mal à imaginer en me contentant de les lire dans les livres. Cette expérience m'a permis de mieux comprendre la réalité du terrain et les choix effectués par les alpinistes en fonction des situations rencontrées.





